Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes

Saint-Maur

Figures et grands œuvres

Ce que l’on doit aux bénédictins de Saint-Maur.

Dom Jean Mabillon, gravure

Dom Jean Mabillon

1632-1707

Fondateur de la diplomatique. Son De re diplomatica (1681) donne les règles qui permettent de distinguer une charte authentique d’un faux : écriture, formules, sceaux, datation. Dans le Traité des études monastiques (1691), il défend contre l’abbé de Rancé la légitimité de l’étude au cloître.

Dom Bernard de Montfaucon, gravure

Dom Bernard de Montfaucon

1655-1741

Il crée le mot et la science de la paléographie avec la Palaeographia graeca (1708), édite saint Athanase et saint Jean Chrysostome, et rassemble dans L’Antiquité expliquée et représentée en figures (1719-1724) un grand corpus illustré des monuments antiques.

Page de titre du De re diplomatica, 1681
Page de titre du De re diplomatica, Paris, 1681. La couronne d’épines entourant le mot PAX est l’emblème de la Congrégation.

Les grandes entreprises

Vingt ouvrages, de 1655 à 1769, chacun avec sa page : ce qu’il est, comment il s’est fait, ce qu’il est devenu, et les pages elles-mêmes — titres, planches et gravures photographiés sur des exemplaires conservés.

Page de titre du Spicilegium, Paris, 1669

1655-1677

Spicilegium

dom Luc d’Achery

Treize volumes de textes inédits tirés des bibliothèques monastiques : le premier grand sauvetage du Moyen Âge français.

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Page de titre gravée des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti

1668-1701

Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti

d’Achery, Mabillon, Ruinart

Les vies des saints bénédictins, siècle par siècle, chaque preuve pesée sous les yeux du lecteur.

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Page de titre de La science et la pratique du plain-chant, Paris, 1673

1673

La science et la pratique du plain-chant

dom Pierre-Benoît de Jumilhac

Le chant traité comme une grandeur mesurable — consonances, rapports, diapason — avant d’être traité comme un goût.

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Page de titre de l’édition mauriste de saint Augustin, Paris, 1679

à partir de 1679

Les œuvres de saint Augustin

les moines de Saint-Germain-des-Prés

Onze volumes in-folio, vingt ans de collation : l’édition dont les savants se sont servis jusqu’au XXe siècle.

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Page de titre du De re diplomatica, Paris, 1681

1681

De re diplomatica

dom Jean Mabillon

Comment distinguer une charte authentique d’un faux. Le livre qui a donné ses règles à la critique des sources, et son nom à la diplomatique.

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Vue cavalière gravée de l’abbaye Saint-Pierre du Mas-Garnier, 1686

fin du XVIIe siècle

Monasticon Gallicanum

autour de dom Michel Germain

Les monastères de la Congrégation à vol d’oiseau, maison par maison — dont celle-ci, dessinée en 1686.

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Page de titre de la Palaeographia graeca, Paris, 1708

1708

Palaeographia graeca

dom Bernard de Montfaucon

Dater les écritures grecques en les comparant à des témoins datés. Le livre a donné à cette étude son nom et sa méthode.

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Page de titre de la Gallia christiana

à partir de 1715

Gallia christiana

dom Denis de Sainte-Marthe et ses successeurs

Les sièges et les abbayes de France, chacun avec la série de ses prélats et, en fin de volume, les pièces qui l’établissent.

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Page de titre du Voyage littéraire de deux religieux bénédictins, 1717

1717-1724

Voyage littéraire de deux religieux bénédictins

dom Martène et dom Durand

Deux moines sur les routes pendant des années, rendant compte de ce qu’ils trouvent dans les bibliothèques et les chartriers du royaume.

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Planche gravée d’antiquités égyptiennes de L’Antiquité expliquée

1719-1724

L’Antiquité expliquée et représentée en figures

dom Bernard de Montfaucon

L’antiquité mise en gravures, pour que les objets puissent être comparés au lieu d’être décrits.

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Planche gravée de la tapisserie de Bayeux, dans Les Monumens de la monarchie françoise

1729-1733

Les Monumens de la monarchie françoise

dom Bernard de Montfaucon

Grave la tapisserie de Bayeux tout entière, d’après des dessins faits à Bayeux en 1729 — un état de la broderie un siècle avant la photographie.

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Page de titre de l’Histoire générale de Languedoc, 1733

1730-1745

Histoire générale de Languedoc

dom Devic et dom Vaissète

La province où se trouve cette abbaye, écrite d’après ses archives, les pièces justificatives imprimées à la suite.

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Page de titre de l’Histoire littéraire de la France

à partir de 1733

Histoire littéraire de la France

dom Antoine Rivet et ses confrères

Commencée par les mauristes, continuée depuis 1814 par l’Institut de France, et toujours inachevée.

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Exemplaire ouvert du Traité général des horloges, 1734, et ses planches

1734

Traité général des horloges

dom Jacques Alexandre

Rouages, trains et pendules, avec en fin de volume un catalogue annoté de tous ceux qui avaient écrit sur les horloges.

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Page de titre du Recueil des historiens des Gaules et de la France

à partir de 1738

Recueil des historiens des Gaules et de la France

dom Martin Bouquet

Les sources narratives de l’histoire de France, rassemblées, collationnées et imprimées — une série que l’Académie poursuit aujourd’hui.

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Page de titre de L’Art de vérifier les dates

1750

L’Art de vérifier les dates

dom Dantine, dom Durand, dom Clémencet

Éclipses, cycles pascaux et calendriers réduits en tables, pour qu’une date se vérifie au lieu de se croire.

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Page de titre du Nouveau traité de diplomatique, Paris, 1750

1750-1765

Nouveau traité de diplomatique

dom Toustain et dom Tassin

La méthode de Mabillon refondue pour un nouveau siècle, en six volumes in-quarto et des centaines de spécimens gravés.

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Page de titre de La Gnomonique pratique

1760

La Gnomonique pratique

dom François Bédos de Celles

Comment tracer un cadran solaire avec exactitude : l’astronomie ramenée sur un mur, et les erreurs des cadrans ordinaires nommées.

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Élévation gravée d’un buffet d’orgue, dans L’Art du facteur d’orgues

1766-1778

L’Art du facteur d’orgues

dom François Bédos de Celles

Un métier entier décrit planche après planche — le vent, les alliages, les proportions, l’outillage. Reste la référence pour restaurer un orgue classique.

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Page de titre du Journal historique d’un voyage fait aux îles Malouines

1769

Journal historique d’un voyage fait aux îles Malouines

dom Antoine-Joseph Pernety

Un moine aumônier et naturaliste dans le voyage de Bougainville : plantes, oiseaux, et les rivières de pierres des Malouines.

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Les images sont des photographies d’exemplaires conservés, prises dans les bibliothèques qui les détiennent ; chaque page nomme l’exemplaire et son dépôt.

L’étendue des champs

Une congrégation de moines, tenue par une seule Règle, a laissé des travaux dans quelque vingt-cinq domaines qu’une université d’aujourd’hui rangerait dans des facultés différentes. Les intitulés ci-dessous sont les nôtres, non les leurs : ils ne partageaient pas le savoir comme nous. Chaque notice donne un homme, une œuvre datée, et ce que les sources établissent réellement.

I

Les sciences du document

Diplomatiquedom Jean Mabillon, De re diplomatica, 1681

Comment distinguer une charte authentique d’un faux : écriture, formules, sceaux, datation, circonstances de la rédaction. Une manière réglée d’éprouver la preuve documentaire, élaborée dans une querelle savante déjà engagée et non dans l’isolement.

Paléographie grecquedom Bernard de Montfaucon, Palaeographia graeca, 1708

Des témoins datés comparés, pour situer une main grecque dans le temps. Le livre a donné au domaine son nom et son premier traitement systématique.

ChronologieL’Art de vérifier les dates, 1750

Éclipses, cycles pascaux et concordance des calendriers mis en tables. Préparé sur les recherches de dom Maur Dantine et mené à terme par dom Clémencet et dom Durand.

Lexicographie du latin médiévall’édition mauriste de Du Cange, 1733-1736

Du Cange était un laïc, avocat au parlement de Paris, et non un mauriste : l’œuvre de la congrégation est l’édition revue et considérablement augmentée en six volumes in-folio, complétée par le supplément en quatre volumes de dom Carpentier, en 1766.

II

Les lettres sacrées

La Bible latine avant Jérômedom Pierre Sabatier, Bibliorum sacrorum Latinae versiones antiquae, 1743-1749

Trente ans à rassembler les versions latines anciennes dans les manuscrits, les citations des Pères et les livres liturgiques, imprimées en regard de la Vulgate. La Vetus Latina de Beuron, entreprise en 1949, se veut expressément sa continuatrice.

Les Hexaples d’Origènedom Bernard de Montfaucon, Hexaplorum Origenis quae supersunt, 1713

Ce qui subsiste de la comparaison en six colonnes d’Origène, recueilli dans les citations et les leçons marginales. L’original était perdu depuis longtemps : c’est un rassemblement de fragments, non une redécouverte.

Patristiquesaint Athanase, Paris, 1698

Préparée à Saint-Germain-des-Prés par dom Jacques Loppin, dom Montfaucon et dom Antoine Pouget : un travail d’équipe, sur des années, comme l’exigeaient toujours ces éditions.

Hagiographiedom Thierry Ruinart, Acta primorum martyrum sincera et selecta, 1689

Sincera enregistre le jugement critique d’un éditeur sur les récits de martyre qui méritent créance — jugement que l’érudition postérieure a réexaminé.

Droit canoniquedom Pierre Coustant, Epistolae Romanorum pontificum, 1721

Les lettres des papes et celles qui leur furent adressées, de l’an 67 à 440. Coustant mourut l’année même de la parution et ce premier tome resta le seul imprimé.

Liturgie et chantdom Pierre-Benoît de Jumilhac, La science et la pratique du plain-chant, 1673

Le chant traité comme une chose mesurable — consonances et proportions — avant d’être affaire de goût. Avec les travaux de dom Martène sur les rites anciens, le témoignage mauriste sur la manière dont on célébrait réellement.

III

Les langues

Hébreu et araméen bibliquedom Pierre Guarin, 1724-1726 et 1746

Professeur de grec et d’hébreu, puis bibliothécaire de Saint-Germain-des-Prés. Sa Grammatica hebraica et chaldaica parut de son vivant ; le lexique, conduit seulement jusqu’à la lettre mem, fut achevé par ses confrères et imprimé en 1746.

Bretondom Louis Le Pelletier, Dictionnaire de la langue bretonne, 1752

Né au Mans, il apprit le breton adulte et passa ses trente dernières années à Landévennec. Le texte imprimé est une édition posthume abrégée et remaniée par son confrère dom Taillandier, aux frais des États de Bretagne.

IV

Philosophie et ordre des connaissances

Philosophiedom François Lamy, De la connaissance de soi-même, 1694-1698

Un mauriste qui reprit la philosophie cartésienne, et dont le livre entraîna Malebranche dans une controverse publique sur l’amour désintéressé de Dieu. À ne pas confondre avec Bernard Lamy, de l’Oratoire.

Encyclopédismele dictionnaire inachevé des arts, métiers et sciences, v. 1743-1755

Commencé à Saint-Germain-des-Prés comme traduction augmentée du lexique mathématique de Christian Wolff, puis refondu en dictionnaire encyclopédique, et abandonné sans paraître. Traditionnellement attribué à dom Antoine-Joseph Pernety et à dom François de Brézillac — les manuscrits ne sont pas signés, et les écritures indiquent d’autres rédacteurs encore non identifiés. Quelque 1 400 feuillets in-folio subsistent à la Bibliothèque nationale de France.étudié par Linn Holmberg, The Maurists’ Unfinished Encyclopedia, Voltaire Foundation, 2017

V

La mesure, la mécanique et la nature

Mécanique et horlogeriedom Jacques Alexandre, 1726 et 1734

Cellérier de Bonne-Nouvelle et inventeur des horloges à équation : un traité sur les marées, puis un traité général des horloges qui s’achève sur un catalogue des auteurs antérieurs. Son explication des marées garde un intérêt historique ; la science l’a dépassée.

Gnomoniquedom François Bédos de Celles, La Gnomonique pratique, 1760

Comment tracer exactement un cadran solaire : la géométrie et le temps solaire réunis dans un instrument utilisable. Des mathématiques appliquées, non une loi astronomique nouvelle.

Facture d’orguesdom François Bédos de Celles, L’Art du facteur d’orgues, 1766-1778

Le vent, les alliages des tuyaux, les proportions, l’outillage, planche après planche, pour la Description des arts et métiers de l’Académie. Un métier complexe rendu explicite et transmissible — encore la référence pour restaurer un orgue classique.

Médecine et pharmaciedom Nicolas Alexandre, 1714 et 1716

Deux compilations anonymes — La médecine et la chirurgie des pauvres et un Dictionnaire botanique et pharmaceutique — rééditées et augmentées jusqu’au XIXe siècle. Des ouvrages de compilation à usage pratique ; il n’avait aucun titre de médecin.

Histoire naturelle et voyagedom Antoine-Joseph Pernety, Journal historique, 1769

Aumônier et naturaliste du voyage de Bougainville aux Malouines en 1763-1764, et non de la circumnavigation postérieure. Plantes, oiseaux, et l’une des plus anciennes descriptions imprimées connues des coulées de blocs que l’on nomme aujourd’hui stone runs.

Agriculturele bureau du Mans de la Société royale d’agriculture, 1766-1776

Dom de La Bezardais, prieur de La Couture, et dom de Gennes, dernier bibliothécaire de Saint-Vincent du Mans, en furent l’un et l’autre directeurs. Des épis de blé malades présentés en 1766, un mémoire sur le semis du seigle en 1773, trois chevaux tués par l’if décrits en 1776 : des observations partagées dans un réseau savant, non des essais contrôlés.

VI

Les arts et l’œil

Le vocabulaire de l’artdom Antoine-Joseph Pernety, Dictionnaire portatif de peinture, sculpture et gravure, 1757

La pratique artistique traitée comme objet d’explication méthodique. La page de titre le présente comme religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, qu’il quitta plus tard.

Sculpture sur marbreJacques Bourlet, sainte Marguerite, XVIIIe siècle

L’inventaire du patrimoine donne pour auteur de ce marbre grandeur nature Jacques Bourlet, frère convers de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés ; l’œuvre est classée au titre objet depuis 1905. La notice indique un siècle, non une année.base Palissy, PM75001754

Travail du bronzeJean Thibaut, bas-relief du monument de Jean Casimir, XVIIe siècle

Le même inventaire attribue à Thibaut, également frère convers de l’abbaye, le bas-relief de bronze du socle. Le marbre qui le surmonte est donné aux frères de Marsy.base Palissy, PM75001748

Antiquités et histoire de l’artdom Bernard de Montfaucon, Les Monumens de la monarchie françoise, 1729-1733

Ses deux premiers volumes portent une reproduction gravée de la tapisserie de Bayeux tout entière, les planches de 1730 étant gravées d’après des dessins commandés par Montfaucon à Antoine Benoît. Dessinées au goût de leur siècle plutôt qu’en fac-similé — mais un relevé de la broderie bien avant la photographie et avant les restaurations du XIXe siècle.

Architecture et relevéles frères architectes, XVIIe-XVIIIe siècles

Une douzaine de religieux architectes pour le seul XVIIe siècle. Les plans étaient levés sur place et dessinés deux fois — un exemplaire pour approbation à Saint-Germain-des-Prés, un autre gardé dans la maison. C’est à cette pratique que les plans de cette abbaye doivent d’exister encore.

Vues et paysageMonasticon Gallicanum, associé à dom Michel Germain

Un riche relevé visuel des monastères de la congrégation, de leurs bâtiments, jardins et enclos — et tout autant de la manière dont chaque communauté souhaitait qu’on vît sa maison. Certaines vues montrent le projet plutôt que le bâti.

Cinq espèces de contribution se mêlent ici et méritent d’être distinguées : une méthode inventée, une édition ou un instrument de travail produit, une observation consignée, un métier pratiqué, une collection formée ou enseignée. Une compilation influente est une réussite sans être une découverte originale — et cette liste ne prétend pas que la congrégation ait fondé toutes les disciplines qu’elle a touchées.

La mesure, la mécanique et la terre

On retient de la Congrégation ses in-folio. La même discipline — mesurer, vérifier, décrire — s’est appliquée aussi aux instruments, aux métiers et aux domaines dont vivaient les monastères. Six exemples, moins célèbres que les grands recueils, et tous documentés.

Un orgue décrit comme une machinedom François Bédos de Celles · 1709-1779

Membre de l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux à partir de 1759, puis correspondant de l’Académie royale des sciences de Paris de 1767 à sa mort. L’Académie lui commande, pour sa Description des arts et métiers, les quatre parties de L’Art du facteur d’orgues (1766-1778) : le vent, les alliages des tuyaux, les proportions, l’outillage de l’atelier, planche après planche. L’ouvrage demeure la référence de quiconque restaure un orgue classique. Six ans plus tôt, La Gnomonique pratique (1760) enseignait à tracer un cadran solaire avec exactitude : l’astronomie ramenée sur un mur.

Des horloges, un pendule et les maréesdom Jacques Alexandre · 1653-1734

Il passe sa vie au prieuré de Bonne-Nouvelle et donne ses heures libres aux mathématiques, à la physique et à la mécanique : un Traité du flux et du reflux de la mer (1726), puis le Traité général des horloges (1734), dont le dernier quart — quelque quatre-vingt-neuf pages — donne un catalogue commenté des auteurs qui avaient écrit sur les horloges, avec extraits et observations : une bibliographie ancienne de ce domaine. Il écrit encore une sixième partie pour l’Horologium oscillatorium de Huygens, où il décrit un pendule de sa façon.

Un naturaliste à la voiledom Antoine-Joseph Pernety · 1716-1796

Religieux de Saint-Germain-des-Prés, il embarque en 1763 avec Bougainville pour les îles Malouines comme aumônier et naturaliste — et non lors de la circumnavigation postérieure. Son Journal historique d’un voyage fait aux îles Malouines en 1763 et 1764 (1769) décrit les plantes, les oiseaux et les coulées de pierres des îles : l’une des plus anciennes descriptions imprimées connues de ces rivières de roche. Il quitte la Congrégation peu après son retour.

Le temps rendu calculableL’Art de vérifier les dates · 1750

Non pas une chronique, mais un instrument : éclipses, cycles pascaux et concordance des calendriers réduits en tables, afin que la date d’une pièce puisse être vérifiée et non crue. Les concordances de calendriers donnent à l’historien de quoi éprouver une date et déceler les incohérences.

La mathématique du sondom Pierre-Benoît de Jumilhac · 1673

Le titre même énonce le programme : La science et la pratique du plain-chant, où tout ce qui appartient à la pratique est établi par les principes de la science. Le chant y est d’abord une chose mesurable — consonances et proportions, diapason, diapente, diatessaron — avant d’être une affaire de goût. L’ouvrage demeure l’une des sources les plus complètes du XVIIe siècle sur la manière dont ces mélodies se chantaient réellement.

Une congrégation d’arpenteursles frères architectes · XVIIe-XVIIIe siècles

La Congrégation bâtissait avec ses propres hommes : une douzaine de religieux architectes pour le seul XVIIe siècle. Dom Denys Plouvier (v. 1601-1669) a laissé une quarantaine de plans levés entre 1640 et 1667, et bâtissait avec économie : il conservait le bâti médiéval sain et l’adaptait plutôt que de l’abattre. Le frère Guillaume de La Tremblaye (1644-1715), sculpteur autant qu’architecte, se voit attribuer les plans des bâtiments conventuels de Saint-Étienne de Caen, commencés en 1704 et poursuivis après sa mort par dom Miserey ; l’église abbatiale voisine, de six siècles plus ancienne, n’est pas de lui. La méthode était fixée : lever sur place, puis dessiner deux fois — un exemplaire à Saint-Germain-des-Prés pour approbation, un autre gardé dans la maison.

L’abbaye comme domaine

La Congrégation n’a pas laissé de traité d’agriculture, et il serait faux de lui en prêter un. Elle a laissé mieux. Là où la réforme arrivait, son premier travail était temporel : les comptes remis en ordre, le domaine dispersé rassemblé, les bâtiments de ferme et l’eau remis en service — un monastère de cette taille se nourrissait lui-même, et il fallait le remettre en état de le faire.

Leurs observations ne restaient pas toujours dans la maison. Au bureau du Mans de la Société royale d’agriculture de la généralité de Tours, créé en 1761, les mauristes comptaient parmi les membres les plus actifs : dom Pierre-Jacques de La Bezardais, prieur de La Couture, élu en 1764 et directeur en 1769, et dom Jean-Baptiste-Marie de Gennes, dernier bibliothécaire de Saint-Vincent du Mans et directeur en 1774, qui présenta des épis de blé malades en 1766, plaida dans un mémoire de 1773 pour le semis du seigle en hiver plutôt qu’à la fin du printemps, et décrivit en avril 1776 la mort subite de trois chevaux de Marmoutier qui avaient mangé des feuilles d’if. Des observations et des mémoires, non des essais contrôlés — mais la preuve que des moines prenaient part aux réseaux savants de l’agriculture.

La seule vigne à laquelle on associe les mauristes n’est pas leur ouvrage, mais celui de leur voisinage. Dom Thierry Ruinart (1657-1709), entré à Saint-Remi de Reims puis compagnon de Mabillon pour les Acta sanctorum, gardait un intérêt pour le vin de sa province ; la maison fondée en 1729 par son neveu Nicolas, la plus ancienne de Champagne, fait remonter son origine à la familiarité de ce moine avec les vins mousseux. Des vignes, des vergers et des viviers de la Congrégation elle-même, il ne reste aucune littérature — seulement des comptes, des baux et des plans.

Ce sont les plans qui subsistent ici. Au Mas-Garnier, le frère Robert Plouvier dessine le monastère étage par étage en 1661 ; en 1679, le frère Christophle Lachezelle lève tout l’enclos à environ 1/860 : les fossés, les chemins, les parterres du jardin, les plantations, la rivière et son île de galets. Cette feuille enregistre la disposition des jardins, des chemins, de l’eau et des parties de l’enclos ; ce qui y poussait vraiment, et ce qu’il rapportait, doit venir d’autres sources.

Les plans de l’enclosLes ateliers d’aujourd’hui

Ce que cette liste enseigne

Trois choses. La critique des sources comme discipline, que toute l’érudition moderne a reprise. La patience des entreprises longues, conçues pour survivre à leurs auteurs. Et l’égale dignité de l’étude et du métier : le même ordre qui publiait saint Augustin décrivait, planche après planche, la fabrication d’un tuyau d’orgue. Le programme du Conservatoire procède de ces trois leçons.

Le programme de rechercheLes ateliers