Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes
Page de titre du second volume de l’Histoire générale de Languedoc, Paris, 1733, imprimée en rouge et noir
Tome second, Paris, 1733 : le titre en rouge et noir, en vente chez Jacques Vincent, imprimeur des États de Languedoc.

Saint-Maur · 1730-1745

Histoire générale de Languedoc

dom Claude Devic et dom Joseph Vaissète · Paris, Jacques Vincent · cinq volumes in-folio

L’histoire d’une province française, bâtie sur les archives de cette province même et imprimée avec elles. Chaque volume comporte trois parties : une narration, un corps de notes et un ensemble de pièces justificatives — les chartes, lettres et actes sur lesquels elle repose, imprimés intégralement, afin que le lecteur puisse confronter la narration aux pièces. Le récit va de l’Antiquité à la mort de Louis XIII, en 1643.

Auteurdom Claude Devic, 1670-1734, et dom Joseph Vaissète, 1685-1756
Première éditionParis, Jacques Vincent, 1730-1745
ÉtendueCinq volumes in-folio, chacun en trois parties ; le premier volume compte 919 pages
EnsuiteDu Mège et Paya, Toulouse 1840-1846 · édition Privat à partir de 1872, seize volumes in-quarto
Le lireInternet Archive

Aux frais des États

Tout commença par une province qui décida de payer sa propre histoire. Le projet fut soumis aux États de Languedoc en janvier 1708 par Charles Le Goux de La Berchère, archevêque de Narbonne. On s’adressa aux bénédictins de Saint-Germain-des-Prés et, en 1715, la tâche échut à deux d’entre eux. L’accord se lit au bas de la page de titre reproduite ci-dessus : Chez Jacques Vincent, Imprimeur des Etats Generaux de la Province de Languedoc, à l’enseigne de l’Ange, rue Saint-Séverin.

Les deux religieux dépouillèrent des fonds dispersés dans toute l’étendue du Languedoc — églises et abbayes, forteresses royales, bibliothèques de ville, mains privées — et, à Paris, le Trésor des Chartes et la bibliothèque de Colbert. Les documents qu’ils réunirent et copièrent remplissent, dit-on, 131 volumes, conservés aujourd’hui au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

Deux hommes, dont aucun n’est nommé

La page de titre ne nomme aucun auteur. Elle porte seulement : Par deux Religieux Benedictins de la Congrégation de S. Maur. Le premier était dom Claude Devic, né à Sorèze en 1670, profès à dix-sept ans au prieuré de La Daurade à Toulouse, plus tard professeur de rhétorique à Saint-Sever et, en 1701, envoyé à Rome pour collationner des manuscrits du Vatican. Il mourut à Saint-Germain-des-Prés le 23 janvier 1734, deux volumes parus.

Le second était dom Joseph Vaissète, né à Gaillac en avril 1685, docteur en théologie et en droit civil et canonique, qui avait suppléé son père comme procureur général à Albi avant d’entrer dans l’ordre à La Daurade en juillet 1711, à vingt-six ans. Il porta seul les trois derniers volumes — 1737, 1742, 1745 — et la part que Devic en avait rédigée avant sa mort n’est pas consignée.

Les scènes d’apparat des volumes furent gravées par Charles-Nicolas Cochin le père (1688-1754) d’après les dessins du peintre Pierre-Jacques Cazes (1676-1754) ; une épreuve préparatoire de la suite subsiste au musée Carnavalet. Les deux noms figurent sous la vignette ci-dessus, en caractères assez petits pour passer inaperçus : Cazes in. à gauche — invenit, il en a eu l’invention — et C. N. Cochin à droite. Les planches parcourent toute l’histoire de la province : les rebelles de Nîmes se soumettant à Wamba, roi des Wisigoths, après la révolte de Septimanie ; la fondation des Jeux floraux à Toulouse ; la paix de 1229 ; Louis XIII devant Montpellier.

Gravure de la paix de 1229 entre le comte de Toulouse et la couronne de France
La paix de 1229 entre Raymond VII, comte de Toulouse, et la couronne de France — le traité de Meaux-Paris, conclu au nom du jeune Louis IX. Gravé pour le tome troisième, Paris, 1737.Cochin le père d’après Pierre-Jacques Cazes · Wikimedia Commons, d’après l’édition originale numérisée · domaine public

Ce qui suivit

Le cinquième et dernier volume parut en 1745, conduisant le récit jusqu’à la mort de Louis XIII. En 1746, les États firent frapper une médaille pour marquer l’achèvement de l’histoire, trente et un ans après avoir commencé à la financer. Vaissète publia en 1755 une Géographie historique, ecclésiastique et civile en quatre volumes et mourut à Saint-Germain-des-Prés le 10 avril 1756.

Gravure de Louis XIII accordant la paix aux protestants devant Montpellier, 1622
Louis XIII accorde la paix aux protestants devant Montpellier, en 1622 — une scène de la dernière partie du récit. Gravé pour le tome cinquième, Paris, 1745.Cochin le père d’après Pierre-Jacques Cazes · Wikimedia Commons, d’après l’édition originale numérisée · domaine public

Le XIXe siècle reprit l’ouvrage à deux reprises. Une édition donnée à Toulouse entre 1840 et 1846 par Alexandre Du Mège avec l’éditeur Jean-Baptiste Paya, et poussée jusqu’en 1830, passe communément pour peu sûre et souvent fautive. La seconde tentative alla plus loin. Édouard Privat fit établir à Toulouse, à partir de 1872, une édition nouvelle qui finit par compter seize volumes in-quarto, avec des dissertations et des notes neuves, un recueil des inscriptions de la province et une continuation jusqu’en 1790 due à Ernest Roschach ; Auguste Molinier surveilla la réimpression du texte et y ajouta des études sur l’administration féodale de la province de 900 à 1250 et sur la géographie historique du Languedoc médiéval.

Pourquoi ce livre ici

L’abbaye Saint-Pierre de Mas-Grenier, au diocèse de Toulouse, appartenait à la congrégation de Saint-Maur depuis 1645 : au temps où Devic et Vaissète travaillaient, cette maison était l’une des leurs. Que ses papiers aient été du nombre de ceux qu’ils ont employés n’est pas établi ; les sources disent seulement que des abbayes et des églises de toute la province furent consultées. L’ordre que le livre observe est celui que l’on observe ici, dans les archives et dans le programme de recherche — le document d’abord, nommé et donné en entier, et le récit ensuite.

SourcesLa page de titre reproduite ci-dessus provient d’un exemplaire numérisé du second volume, Paris, 1733. Les deux planches viennent de Wikimedia Commons et sont dans le domaine public ; les notices de Commons donnent Cochin le père comme graveur ainsi que le volume et l’année, tandis que la notice de musée de l’épreuve du Carnavalet nomme Cazes comme auteur des dessins. Un avertissement pour qui voudra suivre la piste : sur la page Commons de la planche de 1229, le lien Gallica renvoie au premier volume et non au troisième, de sorte que l’attribution de cette planche repose sur sa mention de crédit et sur sa catégorie plutôt que sur la numérisation liée. Le premier volume, Paris 1730, 919 pages, se lit à l’Internet Archive.