Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes
Page de titre du tome XXXI de l’Histoire littéraire de la France, Paris, Imprimerie nationale, 1893
Tome XXXI, le quatorzième siècle : Paris, Imprimerie nationale, 1893. Exemplaire du Pontifical Institute of Mediaeval Studies, University of Toronto, numérisé pour l’Internet Archive.

Saint-Maur · 1733–1763

Histoire littéraire de la France

dom Antoine Rivet de La Grange et deux confrères · Paris, chez Huart, Osmont, Gissey, David et Clousier · douze tomes in-quarto

Un inventaire de tous ceux qui ont écrit en France ou pour elle, mené siècle par siècle depuis les Gaules. Les bénédictins de Saint-Maur en publièrent douze tomes entre 1733 et 1763 et parvinrent jusqu’au douzième siècle ; l’Institut de France reprit l’ouvrage, et l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres le conduit depuis 1816. Le tome 47 a paru en 2021 ; l’enquête n’est pas achevée.

Auteurdom Antoine Rivet de La Grange, 1683–1749, avec dom Poncet et dom Colomb
Première éditionParis, 1733–1763 ; tome I en 1733, tomes X, XI et XII en 1756, 1759 et 1763
ÉtendueDouze tomes in-quarto, le tome I en deux parties — treize volumes en rayon
EnsuiteRepris par une commission de l’Institut · Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 1816 · tome 47 en 2021
Le lireInternet Archive

Un plan, et un contrat

Dom Antoine Rivet de La Grange en dressa le plan. Le 28 avril 1732, dom Joseph Doussot, agissant pour lui — Rivet était alors à Saint-Vincent du Mans —, conclut un contrat avec cinq libraires parisiens, Pierre Michel Huart, Charles Osmont, Pierre Gissey, Guillaume David et Jacques Clousier, qui s’engageaient à payer dix livres par feuille d’impression. Le premier tome in-quarto parut en 1733, sur les âges antérieurs à Jésus-Christ et les trois premiers siècles de l’Église.

Sa préface fixe la méthode : l’histoire va par siècle, et les écrivains de chaque siècle y prennent rang selon la date de leur mort ou, lorsqu’elle est inconnue, selon l’époque où ils ont fleuri. La notice donne l’homme, puis le catalogue et la chronologie de ses écrits, des remarques critiques sur les principaux ouvrages et le compte de leurs éditions, les sources renvoyées en marge. La page de titre promet les écoles, les bibliothèques et les imprimeries autant que les auteurs, et écrit le mot avec un seul t : Histoire literaire.

Page de titre du tome I de l’Histoire littéraire de la France, Paris, Victor Palmé, 1865
Le tome I dans la réimpression donnée par Victor Palmé en 1865, qui se dit entièrement conforme à l’édition précédente : l’ouvrage s’y intitule Histoire literaire de la France, par des religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur.Pontifical Institute of Mediaeval Studies, University of Toronto · via Internet Archive · domaine public

Comment les notes furent faites

Rivet avait été envoyé au Mans pour avoir refusé la bulle Unigenitus, et il y passa ses trente dernières années. Il choisit deux collaborateurs, dom Poncet et dom Colomb. Colomb prit les lettres, l’historiographie, les anonymes et les traductions ; Poncet la théologie, le droit et les sciences ; Rivet corrigeait les notes, rédigeait les notices définitives et dressait les tables. Ils travaillèrent surtout sur des livres imprimés, et découpèrent parfois un ouvrage de référence — la Bibliothèque historique du père Lelong entre autres — en bandes collées sur des feuillets séparés. La bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, gardienne de l’orthodoxie mauriste, restait fermée aux hommes soupçonnés de jansénisme ; Rivet dut demander plus d’une fois avant que la Bibliotheca de Fabricius fût envoyée au Mans.

La matière première subsiste. Quarante et un portefeuilles de notes prises entre 1730 et 1760 sont conservés aux archives de l’Institut de France, dix-neuf d’entre eux de quelque 450 feuillets chacun ; le manuscrit des sept premiers volumes est Le Mans, ms. 423. François Fossier, qui a dépouillé les portefeuilles pour son étude de 1976, appelle tour de force la rédaction de treize imposants volumes in-quarto.

Page 37 du tome I, un paragraphe numéroté sur la doctrine des druides, les références imprimées dans la marge extérieure
Le tome I, page 37, dans la même réimpression de 1865, sous le titre courant « Dans les Gaules avant J. C. » : la doctrine des druides, avec Clément d’Alexandrie, César et Diogène Laërce renvoyés en marge.Pontifical Institute of Mediaeval Studies, University of Toronto · via Internet Archive · domaine public

Interrompue, et reprise

Rivet mourut au Mans le 7 février 1749, le tome IX prêt pour l’impression. Dom Clémencet et dom Clément, des Blancs-Manteaux à Paris, donnèrent les tomes X, XI et XII en 1756, 1759 et 1763 ; puis la série s’arrêta. Taillandier, désigné pour succéder à Rivet, demanda par écrit quel besoin il y avait de tirer du tombeau une foule d’auteurs obscurs, inconnus et barbares. Les notes de Colomb demeurèrent au Mans, chez l’abbé Renouard, de la bibliothèque départementale, jusqu’à ce que le ministre de l’Intérieur ordonnât de les remettre à l’Institut.

La Classe d’histoire et de littérature ancienne de l’Institut fut alors chargée de reprendre l’ouvrage, sa commission recevant pour instruction de suivre le plan et la méthode des premiers auteurs jusqu’à la fin du douzième siècle. Le tome XIII, daté de 1814, fut l’œuvre de Pastoret, de dom Brial, de Ginguené et de Daunou. La Classe devint l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1816 et conduit la série depuis lors ; la page de titre reproduite ci-dessus, imprimée en 1893, partage encore le mérite. L’Académie ne suit plus l’ordre strict des siècles, publie les notices pour lesquelles on trouve des savants, et a fixé le terme de l’enquête vers 1630.

Pourquoi ce livre ici

Le premier programme de recherche du Conservatoire est une monographie de cette abbaye : une prosopographie de ses prieurs et de ses religieux, et un recueil de chartes rassemblé de nouveau à partir des archives nationales, départementales et diocésaines pour sa bibliothèque. Le second inventorie les maisons mauristes de la province de Toulouse, pour être transmis à d’autres chercheurs. L’Histoire littéraire mesure ce que coûte un pareil travail et ce qu’il en advient : commencé par des hommes qui n’ont pas vécu assez pour l’achever, continué parce que le plan avait été écrit et les notes conservées.

SourcesAucun exemplaire de l’impression originale de 1733–1763 n’a été consulté pour cette page. La page de titre placée en tête est celle du tome XXXI, Paris, Imprimerie nationale, 1893 ; les deux planches viennent du tome I dans la réimpression donnée par Victor Palmé en 1865, dont la page de titre se dit entièrement conforme à l’édition précédente. Les deux volumes ont été numérisés d’après des exemplaires du Pontifical Institute of Mediaeval Studies, University of Toronto, et se lisent à l’Internet Archive : tome I et tome XXXI ; les notices de catalogue de ces numérisations datent toute la série de 1733, qui n’est que la date du premier tome. La méthode de travail de Rivet, Poncet et Colomb, les portefeuilles des archives de l’Institut de France et le mot de Taillandier suivent François Fossier, « L’Histoire littéraire de la France au dix-huitième siècle, d’après les archives des Bénédictins de Saint-Maur », Journal des Savants, 1976 ; le contrat de 1732, H. Omont dans la Bibliothèque de l’École des chartes, 84 (1923), p. 431–433, d’après l’original, BnF ms. français 16859, pages 423–426 ; les événements postérieurs à la mort de Rivet, l’Avertissement du tome XIII ; l’état présent de l’ouvrage, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.