
Saint-Maur · 1729-1733
Les Monumens de la monarchie françoise
dom Bernard de Montfaucon · Paris, Gandouin et Giffart · cinq volumes in-folio
Cinq volumes in-folio qui racontent l’histoire de France à partir de ce qui lui avait survécu : gisants, sceaux, peintures murales, portails sculptés, et une longue tenture brodée à Bayeux. Montfaucon imprima ce qu’il put faire dessiner et nomma la source de chaque dessin. Il s’est trompé sur bien des points, et a laissé sur la page assez de sa méthode pour que les erreurs puissent être retracées.
Vendu avant d’exister
Montfaucon vivait à Saint-Germain-des-Prés depuis 1687 et avait forgé le mot paléographie en 1708. La préface de 1729 reconnaît que le plan, annoncé plus de deux ans auparavant par des prospectus répandus dans tout le royaume, avait changé : les monuments, d’abord destinés à se suffire à eux-mêmes, seraient désormais portés par l’histoire entière de chaque règne. Chaque page imprime le français en haut, le même texte en latin en bas. L’ouvrage est dédié à Louis XV.
Un billet de souscription imprimé subsiste parmi les papiers de Montfaucon à la Bibliothèque nationale de France : Paris, 7 juin 1727, signé de quatre libraires, Giffart parmi eux. Il promet quatre volumes in-folio et plus de quatre cents planches pour quatre-vingts livres en feuilles, moitié d’avance, moitié à la livraison, dans le courant de 1729. Le billet numéro 40 fut délivré au prieur de Saint-Lucien de Beauvais. Ce qui parut, ce fut cinq volumes, quelque trois cents planches, et l’année 1733.

La tenture de Bayeux
En 1724, Antoine Lancelot présenta à l’Académie royale des inscriptions le dessin d’une partie d’un monument qu’il ne savait situer, trouvé parmi les papiers de Nicolas-Joseph Foucault, intendant de Normandie. Lancelot et Claude Gros de Boze le transmirent à Montfaucon, qui le fit graver au tome premier en quinze planches doubles, numérotées XXXV à XLIX et intitulées Histoire d’Harold. Ses propres confrères la connaissaient : les bénédictins de Saint-Vigor de Bayeux décrivaient une vieille bande de tapisserie montrée dans la cathédrale à certains jours de l’année, et leur prieur, dom l’Archer, en copia pour lui les inscriptions. La tenture entière mesurait 212 pieds de long, le fragment une trentaine. Montfaucon envoya le dessinateur Antoine Benoît à Bayeux pour dessiner le reste, avec ordre de ramener les figures à une taille fixe et de ne rien changer au goût de la peinture de ces temps-là. Les neuf planches du tome second commencent où s’arrête le tome premier, à Guy de Ponthieu remettant Harold au duc Guillaume, et s’achèvent à Hastings.

Ce que les planches sont, et ce qu’elles ne sont pas
Ce sont des gravures d’après dessins, et non un fac-similé. La copie de Benoît est un simple trait de contour, à une taille qui n’est pas celle de la tenture, les figures redessinées par une main des années 1720. Là où la broderie s’interrompt, les planches s’amincissent en un trait brisé : Montfaucon lut ces lacunes non comme une perte, mais comme une toile jamais remplie, par des gens qui n’avaient pas eu le temps d’achever. Hormis le Louis XV équestre signé C. Mathey, ses planches ne portent aucun nom de graveur. La Society of Antiquaries chargea Charles Stothard en 1816 de copier la tenture en couleurs ; James Basire le jeune grava ses dessins, 1819-1823. Les planches de Montfaucon sont le relevé le plus ancien, non le plus proche.
La même dépendance à l’égard des dessins produisit une erreur durable. La planche VII du tome premier, légendée Monument de Clovis et de ses fils, grave les statues-colonnes du portail occidental de sa propre abbaye, sous son linteau de la Cène. Il y vit, comme en d’autres du troisième portail de Notre-Dame de Paris et du cloître de Saint-Denis, les premiers rois francs. Ce sont des statues médiévales, et les figures couronnées de cette sorte se lisent aujourd’hui comme des rois et des reines de l’Ancien Testament.
Pourquoi ce livre ici
Le Conservatoire entretient une maison mauriste à Mas-Grenier, et la leçon des Monumens est de celles que Montfaucon n’avait pas l’intention de laisser : le relevé survit à l’objet comme à la lecture qu’on en fait. Ce qui est ici dessiné, mesuré et photographié avant que les maçons ne commencent porte le nom de celui qui l’a fait et sa date, afin qu’un lecteur plus tard puisse nous corriger comme nous le corrigeons aujourd’hui. C’est la méthode de recherche suivie ici, et une bonne part de ce que laissent derrière eux les ateliers.
SourcesLa page de titre et les deux planches proviennent du tome second (Paris, 1730) dans l’exemplaire du Getty Research Institute numérisé par l’Internet Archive, où le volume peut être lu en entier. L’exemplaire de la BnF porte la cote Réserve des livres rares FOL-LJ1-28, sur Gallica sous les arks bpt6k1232775 et bpt6k123278j ; le billet de souscription est Latin 11915, folio 161.
