
Saint-Maur · 1750-1765
Nouveau traité de diplomatique
dom Charles-François Toustain et dom René-Prosper Tassin · Paris, Guillaume Desprez et Pierre-Guillaume Cavelier · six volumes in-quarto
Six volumes in-quarto, quinze années d’impression, destinés à apprendre au lecteur comment juger un document ancien : la matière sur laquelle il a été écrit, les instruments qui l’ont tracé, les écritures de chaque siècle, les formules des papes, des empereurs et des rois. L’ouvrage s’ouvre sans façon — La Diplomatique est la science ou l’art de juger sainement des anciens Titres. Il fut écrit en français, et il enseignait par l’œil.
Anonymes sur la page de titre
La page de titre de 1750 ne nomme aucun auteur : l’ouvrage est par deux religieux bénédictins de la Congrégation de S. Maur, et parmi ses promesses figure la réfutation de diverses accusations intentées contre beaucoup d’Archives célèbres. Ces deux bénédictins étaient dom Charles-François Toustain et dom René-Prosper Tassin. Tous deux avaient fait profession à l’abbaye de Jumièges en 1718 ; tous deux vécurent à l’abbaye de Rouen jusqu’en 1747, lorsque leur supérieur général les appela à Saint-Germain-des-Prés, à Paris. L’Encyclopaedia Britannica de 1911 fait remonter l’entreprise à une querelle sur les origines de l’abbaye de Saint-Victor-en-Caux et sur l’authenticité de ses archives.
Toustain mourut à l’abbaye de Saint-Denis le 1er juillet 1754 — avant que le second volume fût entièrement imprimé, selon la Catholic Encyclopedia, quoique d’autres relations ne placent après sa mort que les quatre derniers volumes. Tassin conduisit le reste à l’impression et garda le nom de son ami sur chaque volume ; le Catalogue collectif de France enregistre dom Jean-Baptiste Baussonnet comme son collaborateur pour les tomes III et VI. Une cession signée à Paris le 31 octobre 1749, quinze jours après l’octroi du privilège royal à Fontainebleau, excepte de son transfert le Nouveau Traité de Diplomatique, 5. vol. in 4°. Le sixième volume parut seize ans après le premier.

Cent planches
Mabillon avait fondé la discipline en latin, dans cette même congrégation, avec le De re diplomatica de 1681. Toustain et Tassin écrivirent en français et portèrent l’enquête bien au-delà des chartes — aux inscriptions, au papyrus, aux écritures de chaque siècle. Ce qui porte l’enseignement, c’est la gravure. La planche IV du premier volume dispose dix-neuf instruments d’écriture en regard du chapitre X, Instrumens dont on s’est servi, pour écrire, à la page 535 : règle et compas, plomb, ciseaux, canif, pierre à aiguiser, éponge, style, pinceau, plume ou roseau, cornet à encre et poudrier.
Il y a cent feuillets de cette sorte à travers les six volumes, dont beaucoup se déplient, et l’exemplaire du tome troisième numérisé par l’Internet Archive en signale à lui seul trente-huit dépliants. L’ouvrage les compte lui-même. Le sixième volume s’ouvre sur un catalogue alphabétique de tous ceux qui avaient écrit sur la diplomatique et, à son dernier feuillet — la page lxviij, qui fait face à la première page du texte —, renvoie le lecteur aux cent Planches de ce nouveau Traité de Diplomatique comme au moyen d’apprendre l’âge et le caractère des inscriptions et des manuscrits de chaque siècle.

Ce qu’il en advint
Le livre voyagea. Une version allemande, Neues Lehrgebäude der Diplomatik, parut à Erfurt, des presses de Johann Friedrich Weber, en neuf volumes entre 1759 et 1769, son premier volume paraissant quand le sixième volume français n’était pas encore écrit ; sa page de titre ne nomme aucun traducteur. Les savants venus ensuite ne furent pas indulgents. L’Encyclopaedia Britannica de 1911 accordait que les compilateurs avaient rassemblé une masse de détails avec une grande industrie, mais jugeait le plan défectueux et le texte rompu en tant de divisions et de subdivisions qu’il en devenait « minutieux jusqu’à l’ennui » — tout en reconnaissant que l’ampleur du dessein donnait au Nouveau traité un avantage sur Mabillon, et que les compilations postérieures y avaient largement puisé.
Leur autre long travail n’aboutit à rien d’imprimé : une édition du moine byzantin Théodore Studite, poursuivie pendant une vingtaine d’années, ne fut jamais publiée. Tassin donna son Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur en 1770 et mourut à Paris le 10 septembre 1777.
Pourquoi ce livre ici
À la page 532 du premier volume, niant qu’aucune épreuve prise seule suffise à dater une charte, les deux moines demandent des archives publiques abondamment pourvues de pièces originales de tous les siècles & de tous les païs — c’est-à-dire d’originaux de chaque siècle et de chaque pays, afin que la comparaison ait de quoi s’exercer. C’est demander une institution plutôt qu’une méthode, et c’est la part de leur programme que cette abbaye peut reprendre : les plans, les baux et les comptes qui subsistent de son propre siècle mauriste sont la matière du chartrier, du programme de recherche et des ateliers.
SourcesLa page de titre reproduite ci-dessus provient d’un exemplaire numérisé du premier volume de 1750 dont nous n’avons pu identifier la bibliothèque de conservation. Les deux planches viennent de l’exemplaire numérisé par la Boston Public Library pour l’Internet Archive et publié sur Wikimedia Commons, dans le domaine public. La première phrase du tome premier, le chapitre X et les pages 532-533, ainsi que le dernier feuillet du catalogue des auteurs du sixième volume, ont été lus sur des photographies des exemplaires de la Bibliothèque municipale de Reims (MM 556 et MM 561) conservées sur le même site. Le jugement cité est tiré de l’article « Diplomatic » de l’Encyclopaedia Britannica de 1911. Le bandeau gravé de chacun des six volumes est décrit par Utpictura18, et le tome premier tout entier peut être feuilleté page à page à l’Internet Archive.
