
Saint-Maur · 1760
La Gnomonique pratique
dom François Bédos de Celles · Paris, Briasson, Despilly et Hardy · un volume in-octavo, trente-cinq planches dépliantes
Les cadrans solaires existaient en nombre prodigieux, écrit Bédos, et bien peu valaient quelque chose — ce dont tout le monde se plaignait et qu’aucun auteur n’avait encore osé dire. Ce livre est son remède : dix chapitres, trente-cinq planches dépliantes et des tables qu’il a recalculées lui-même, adressés à des lecteurs sans aucune mathématique. On le réimprimait encore trente ans plus tard.
Un livre pour lecteurs sans mathématiques
La page de titre de 1780 énonce son public sans détour : ce sont les méthodes choisies en faveur principalement de ceux qui sont peu ou point versés dans les Mathématiques. Savoir lire et écrire, et les trois ou quatre premières règles de l’arithmétique : voilà tout ce que Bédos demande à qui veut mettre l’art en pratique et suivre exactement ses règles. Le livre, lui, n’était pas bon marché : six livres en feuilles et sept relié en 1760, au même prix en province qu’à Paris — neuf livres, relié en veau, en 1780.

Dix chapitres, et les tables qui les soutiennent
Les dix chapitres vont des cercles de la sphère et des instruments nécessaires, par le calcul, aux cadrans horizontaux, aux cadrans réguliers, aux cadrans verticaux déclinants, aux cadrans verticaux sans centre, aux cadrans inclinés, aux méridiennes et aux cadrans portatifs. Bédos fit dessiner et graver une carte de France expressément pour le livre — l’ouvrage de Rigobert Bonne — afin qu’un lecteur habitant un village absent de la table des latitudes pût malgré tout y relever la sienne. Il imprima la hauteur du soleil d’heure en heure pour les latitudes que la France embrasse, et une table de l’équation du temps. Il les avait recalculées : les tables gnomoniques alors en usage étaient établies, dit-il, sur une obliquité de l’écliptique de 23° 28′ 30″ et sont en défaut pour cette raison ; les siennes sont réglées sur 23° 28′ 20″.

Le neuvième chapitre répond à l’autre moitié du titre de 1760, le réglage des horloges. Le goût s’était déclaré depuis peu pour les méridiennes, note Bédos, et celle du temps moyen inventée par Jean-Paul Grandjean de Fouchy, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de Paris, a pris beaucoup de faveur.
Bordeaux, et ce qu’il advint du livre
La dédicace s’adresse à l’académie de Bordeaux, nommée tout au long en tête de sa première page : l’Académie royale des belles-lettres, sciences et arts de Bordeaux. Bédos en était membre, et en 1760 la page de titre ne revendiquait rien de plus. En 1780 elle le disait en outre correspondant de l’Académie des sciences de Paris. La date de son élection est disputée — la prosopographie de cette académie publiée par le CTHS donne 1767, d’autres relations 1758 — et nous ne l’avons pas tranchée.

Le livre survécut à son auteur. Delalain le remit au jour à Paris en 1774, augmenté à 510 pages et trente-huit planches ; si Bédos l’a revu lui-même, on l’ignore. Ces mêmes feuilles furent remises en vente en 1780 sous une page de titre nouvelle, pour Alexandre Jombert jeune, libraire de l’artillerie et du génie — la mention de l’imprimeur de 1774 subsistant encore à la fin. F. Didot l’imprima une fois de plus en 1790.
Des exemplaires du livre de 1760 se trouvent à la Bibliothèque nationale de France et à la Wellcome Collection de Londres, dont l’exemplaire a été numérisé ; la bibliothèque de l’ETH à Zurich conserve le tirage de 1780 ; l’exemplaire scanné pour l’Internet Archive provient de la bibliothèque de John Adams, aujourd’hui à la Boston Public Library. On se souvient mieux de Bédos pour l’orgue qu’il construisit à Sainte-Croix de Bordeaux entre 1744 et 1748, et pour L’Art du facteur d’orgues, publié entre 1766 et 1778 dans la Description des arts et métiers de l’Académie des sciences. Le livre des cadrans solaires vint le premier, né du même tour d’esprit — un mauriste qui mesure un métier et le met par écrit.
Pourquoi ce livre ici
Le Conservatoire enseigne des métiers à des gens qui arrivent sans la théorie, et voici le livre mauriste qui fait de même : il démonte un métier savant, met par écrit ce qui peut se mesurer, et le remet à un lecteur qui n’a que l’arithmétique. Les ateliers procèdent de la même façon avec la pierre, la chaux et le bois, et les cours gardent le même ordre, la démonstration avant la doctrine. Il représente aussi le côté le moins retenu du savoir mauriste — non les chartes et les chroniques, mais les métiers mesurables. Les autres sont dans la liste des œuvres.
SourcesLa page de titre et le début de la dédicace reproduits ici proviennent d’un exemplaire numérisé de la nouvelle édition de 1780, Paris, Alexandre Jombert jeune, dans le domaine public. Le frontispice et la planche 12 appartiennent à l’album Gallica des illustrations de l’édition de 1760, ark btv1b2600231j, Bibliothèque nationale de France, publié sur Wikimedia Commons. La liste des chapitres, la préface, le passage sur la carte et les tables, et la phrase sur Grandjean de Fouchy ont été lus dans le texte intégral de l’édition de 1760 numérisée d’après l’exemplaire de la Wellcome Collection, que l’on peut lire à l’Internet Archive. Les collations des catalogues diffèrent : l’exemplaire de la Wellcome est décrit comme xxii, 404 pages avec trente-cinq planches dépliantes, tandis que la Bibliothèque nationale de France enregistre la même édition comme XVII-406 pages, trente-quatre planches et une carte.
