Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes
Page de titre du tome quatorzième du Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris, Imprimerie impériale, 1806
Tome quatorzième, Paris, Imprimerie impériale, 1806 — le même ouvrage, soixante-huit ans après son premier volume, sa vignette devenue un aigle couronné.

Saint-Maur · à partir de 1738

Recueil des historiens des Gaules et de la France

dom Martin Bouquet et ses continuateurs · Paris, aux dépens des Libraires associés · vingt-quatre volumes in-folio

Les sources écrites de l’histoire de France, rassemblées, collationnées et imprimées en grand in-folio. Dom Martin Bouquet en donna huit volumes entre 1738 et 1752, menant la collection jusqu’à l’année 987 ; le vingt-quatrième sortit des presses en 1904, cent soixante-six ans après le premier. Ce qui s’étend entre ces deux dates est un long exercice de transmission du travail.

Auteurdom Martin Bouquet, 1685-1754, puis d’autres mains
Première éditionTome premier, Paris, aux dépens des Libraires associés, 1738
ÉtendueVingt-quatre volumes numérotés, grand in-folio ; un exemplaire des onze premiers mesure 445 sur 300 mm
EnsuitePoursuivi jusqu’en 1904 · tomes 1-19 réédités, Paris, Victor Palmé, 1869-1880
Le lireInternet Archive

Trois tentatives avant celle-ci

La préface de Bouquet court sur deux colonnes, le français à gauche et le latin à droite, et s’ouvre en nommant les hommes qui avaient échoué à la même entreprise. Pierre Pithou entreprit à la fin du XVIe siècle de réunir les historiens de France, imprimés et manuscrits, et les années 1588 et 1596 en virent le résultat. André Duchesne publia en 1635 le plan d’une collection nouvelle. L’oratorien Jacques Le Long en rassemblait encore les pièces lorsqu’il mourut en 1721. La préface rapporte aussi que Mabillon avait été pressé d’en prendre la charge et s’y était constamment refusé ; elle ne nomme pas le prélat qui l’en pressait.

Le chancelier d’Aguesseau soumit la collection aux savants, et en 1723 dom Denis de Sainte-Marthe, supérieur général de Saint-Maur, reprit un projet qui semblait abandonné et, selon les mots de la préface, jeta les yeux sur la Congrégation pour l’exécuter. Celui sur qui le choix tomba avait la garde de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, quelque soixante mille livres et huit mille manuscrits. Quinze années séparent cette décision du volume imprimé.

Page de titre du tome premier du Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris, 1738
Tome premier, 1738 : composition typographique, avec les armes royales dans une vignette gravée en trophée signée G. Dheulland sculp. L’adresse porte aux dépens des Libraires associés, et au-dessous, avec approbation et privilege du Roy.Exemplaire numérisé par Google · Internet Archive, document déposé par Arlima · domaine public

Cité par page et par lettre

La méthode se voit à n’importe quelle ouverture. À la page 115, sous le titre courant De Gallia et Galatia, un texte grec occupe la colonne de gauche et une version latine lui fait face, et les lettres A, B, C et D sont portées dans la marge. Elles sont là pour qu’une phrase puisse être citée par page et par lettre, et retrouvée par un autre : l’Index chronologicus placé en tête du volume, français et latin année par année, renvoie aux passages exactement sous cette forme — 559. d. Au bas de la page, les notes discutent avec Strabon, Pline, Polybe, Diogène Laërce et Hadrianus Valesius. La page ne nomme pas l’auteur grec qu’elle extrait, et nous ne le nommerons pas davantage.

Ce que porte cette machinerie est ordinaire et particulier. En tête de la page 111, une voie romaine est totalisée en une ligne — de Burdigala à Arellate, trois cent soixante et onze milles, trente relais, onze haltes — et les étapes se suivent ensuite au long de la page depuis Arles : Avignon, Orange, Valence, Briançon, jusqu’au Mont Genèvre, qu’une note identifie comme le Mons Matrona.

Page 115 du tome premier : texte grec dans la colonne de gauche, latin en regard, lettres A à D dans la marge
Page 115 : le grec dans la colonne de gauche, le latin en regard, et les lettres A à D dans la marge, afin qu’un passage puisse être cité exactement.Exemplaire numérisé par Google · Internet Archive, document déposé par Arlima · domaine public

Passé à d’autres mains

Bouquet ne mourut pas dans la maison dont il gardait la bibliothèque. Il avait été relégué au monastère Saint-Jean de Laon pour avoir refusé un formulaire de soumission imposé par le cardinal de Bissy, et il fallut d’Aguesseau, en 1735, pour l’en faire revenir — à Argenteuil, puis aux Blancs-Manteaux à Paris, où il mourut le 6 avril 1754. Cinq autres volumes suivirent entre 1757 et 1786 sous une succession de mauristes, le dernier d’entre eux dom Brial. Puis la Révolution arrêta la presse et supprima la Congrégation.

Ce qui vint ensuite est le volume qui ouvre cette page : tome quatorzième, Paris, Imprimerie impériale, 1806, contenant les règnes de Philippe Ier, Louis VI et Louis VII de 1060 à 1180, et signé Par M. Michel-Jean-Joseph Brial, ancien Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Maur, Membre de l’Institut impérial de France. Ancien : l’ordre avait disparu, le travail non. Brial y tint jusqu’à sa mort en 1828.

À partir de 1840, l’Académie des inscriptions et belles-lettres en prit la charge, et la collection passa entre les mains de Pierre Daunou, Joseph Naudet, Joseph-Daniel Guigniaut, Natalis de Wailly et Léopold Delisle. Les tomes un à dix-neuf furent réédités par Victor Palmé entre 1869 et 1880. Le vingt-quatrième volume, consacré au règne de saint Louis, sortit de l’Imprimerie nationale en 1904 ; il parut en fascicules, et les catalogues diffèrent sur le nombre de volumes matériels que forme un exemplaire complet. Le titre a survécu à la série narrative : l’Académie porte trois séries documentaires sous le nom de Recueil des historiens de la France — Documents financiers, Obituaires, Pouillés — les Obituaires dans une nouvelle série ouverte en 1985.

Pourquoi ce livre ici

Aucun de ceux qui commencèrent cette collection ne la vit achevée, et elle fut bâtie pour cela : des volumes numérotés, une manière fixe de citer, un index qui fonctionne encore quand les mains changent. La même hypothèse gouverne le programme de recherche mené dans cette abbaye et la bibliothèque et les archives que l’on y rassemble — qu’un document décrit avec assez de soin peut être repris par quelqu’un qui n’a jamais rencontré celui qui l’a décrit. La Congrégation qui entreprit ce travail est présentée sur la page Saint-Maur.

SourcesLa page de titre du tome premier et la page 115 reproduites ici proviennent de l’exemplaire de 1738 numérisé par Google sur l’Internet Archive (document déposé par Arlima), dans le domaine public ; les lectures de la préface, de l’Index chronologicus et de la page 111 sont prises sur ce même exemplaire. La photographie placée en tête de page montre la page de titre du tome quatorzième, Paris, Imprimerie impériale, 1806 ; elle est parvenue dans nos dossiers sans indication de l’exemplaire photographié, et aucun détenteur n’est donc nommé pour elle. Le format, 445 sur 300 millimètres, est celui d’un exemplaire des onze premiers volumes, 1738 à 1767, décrit dans un catalogue de libraire. Le tome premier peut être lu sur l’Internet Archive.