
Saint-Maur · 1715-1785
Gallia christiana
dom Denis de Sainte-Marthe et les moines de Saint-Maur · Paris, Jean-Baptiste Coignard, puis l’imprimerie royale · seize volumes in-folio
Un catalogue des diocèses et des abbayes de l’ancienne Gaule, disposé province par province : sous chaque métropole ses évêchés suffragants, sous chaque évêché les abbayes qu’il renferme, et sous chaque nom la série de ceux qui l’ont tenu. Les mauristes atteignirent le treizième volume en soixante-dix ans ; la Révolution les arrêta, et un laïc en ajouta trois dans le siècle qui suivit. Les historiens commencent encore par là, et discutent encore avec l’ouvrage.
Un marché conclu en 1710
En 1710, l’Assemblée du clergé de France offrit à dom Denis de Sainte-Marthe quatre mille livres pour refaire la Gallia christiana que ses grands-oncles Scévole et Louis de Sainte-Marthe avaient publiée en quatre volumes in-folio en 1656. Trois conditions accompagnaient l’argent : qu’il menât la révision à son terme, que le premier volume parût dans les quatre ans, et que sa congrégation poursuivît l’ouvrage après sa mort. La troisième supposait que l’auteur mourrait avant l’achèvement du livre, et elle ne se trompait pas.
Le terrain avait été ouvert l’année précédente. À partir d’avril 1709, dom Edmond Martène et dom Ursin Durand voyagèrent pour la Congrégation, dépouillant les archives de plus de huit cents abbayes et d’une centaine d’églises cathédrales, et rentrèrent à Saint-Germain-des-Prés en 1713 ; la relation de leur route, le Voyage littéraire, parut en 1717 et 1724. Trois volumes sortirent sous le nom de Sainte-Marthe : Albi, Aix, Arles, Avignon et Auch en 1715 ; Bourges et Bordeaux en 1720 ; Cambrai, Cologne et Embrun en 1725, l’année de sa mort, le 30 mars.

Colonnes, chartes, une carte repliée
Les volumes sont des in-folio d’environ trente-cinq centimètres, composés sur deux colonnes et numérotés par colonne : le corps du livre ne porte aucune pagination, et l’église de Bourges se cite à la colonne 164. La page de titre assure que le tout est prouvé ex authenticis Instrumentis ad calcem appositis, par les documents authentiques joints à la fin ; les chartes qui soutiennent les notices sont effectivement imprimées tout au long, dans des sections à numérotation propre intitulées Instrumenta, où le lecteur peut tenir les compilateurs à leurs propres pièces.
En 1770, la page de titre ne nomme plus d’auteur. Elle attribue l’ouvrage aux moines de la congrégation de Saint-Maur et en fixe le ressort : regionum omnium quas vetus Gallia complectebatur, toutes les régions que l’ancienne Gaule comprenait — d’où la présence, dans la collection, de Cologne, de Mayence et de Trèves à côté de Bourges et de Toulouse. Des cartes furent gravées pour quelques-unes des provinces et repliées dans les volumes : Avignon au tome premier, et au tome douze la feuille ci-dessous.

Continué, interrompu, repris
Les confrères poursuivirent sans Sainte-Marthe au rythme d’environ un volume tous les cinq ou six ans, les noms changeant d’une page de titre à l’autre : dom Félix Hodin et dom Étienne Brice pour les volumes six à huit, rejoints par le père Duplessis pour les neuvième et dixième, puis le père Pierre Henri et dom Jacques Taschereau pour le onzième, en 1759. Le douzième, Sens et Tarentaise, parut en 1770 ; le treizième, Toulouse et Trèves, en 1785. Cinq ans plus tard, les ordres religieux étaient supprimés en France et l’ouvrage s’arrêta, quatre provinces restant à faire : Tours, Besançon, Vienne et Utrecht.
Trois d’entre elles furent fournies par un laïc. Barthélemy Hauréau, 1812-1896, qui avait dirigé le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, s’en tint au latin et au plan mauriste et publia les volumes quatorze à seize à partir de 1856, en puisant dans les archives que la Révolution avait rassemblées à Paris ; les catalogues divergent sur les dates des deux derniers. Utrecht ne fut jamais traitée. La collection a depuis été réimprimée plutôt que remplacée — par dom Piolin entre 1870 et 1877, par H. Welter, par Gregg à Farnborough en 1970. En 1933, dans la Revue d’histoire de l’Église de France, Victor Carrière demanda que l’ensemble fût refait sur un autre plan : un diocèse, soutenait-il, ne s’écrit pas comme une suite de vies épiscopales.

Pourquoi ce livre ici
Le treizième volume couvre la province de Toulouse, dans laquelle se trouve l’abbaye de Saint-Pierre de Mas-Grenier — Toulouse érigée en archevêché par Jean XXII le 11 juillet 1317, avec Montauban parmi les quatre sièges suffragants qu’il créa pour elle. Que l’abbaye y ait une notice propre n’est pas établi : aucune des sources que nous avons consultées ne la nomme, et nous n’avons pas lu les colonnes nous-mêmes. Trancher cette question, sur les chartes imprimées dans les Instrumenta, est un travail ordinaire pour le programme de recherche et pour la bibliothèque et les archives ; l’habitude qui est derrière — le document posé à côté de l’affirmation — est ce que transmettent les ateliers et les cours.
SourcesLa page de titre et la carte de la province de Sens proviennent d’un exemplaire numérisé du douzième volume, Paris, ex Typographia Regia, 1770, dont les deux estampilles rouges enregistrent des propriétaires postérieurs ; nous ne pouvons nommer la bibliothèque qui le conserve. Le portrait vient de la Bibliothèque numérique de l’INHA (NUM EST 7839), par l’intermédiaire de Wikimedia Commons, qui publie la numérisation sous licence CC BY-SA 4.0. Le frontispice est la première planche du volume premier de 1715 numérisé sur Wikimedia Commons, dans le domaine public. Les notices de catalogue donnent Jean-Baptiste Coignard comme imprimeur des premiers volumes ; l’adresse citée plus haut est lue sur la page de titre reproduite. Les dates des volumes quinze et seize diffèrent d’un catalogue à l’autre et sont laissées ouvertes ici. Le volume premier se lit à l’Internet Archive.
