
Saint-Maur · 1708
Palaeographia graeca
dom Bernard de Montfaucon · Paris, Louis Guérin, la veuve de Jean Boudot et Charles Robustel · un volume in-folio, sept livres
Bernard de Montfaucon entreprit de rendre datable l’écriture grecque. Il releva des spécimens dans les manuscrits qui portaient à la fois une année et le nom d’un copiste, décrivit d’après eux les formes de lettres de chaque siècle, et imprima la preuve avec la conclusion. C’est à ce livre que l’on fait généralement remonter le nom de la discipline.
Une épreuve faite sur des livres datés
Montfaucon vivait à Saint-Germain-des-Prés depuis 1687. Depuis plus de vingt ans, écrit-il dans la préface, il donnait aux exemplaires grecs une attention presque quotidienne. En 1693 il commença l’épreuve : dans les codices de la bibliothèque du roi et de la bibliothèque Colbert qui portaient à la fois l’année et le nom du copiste, il releva des spécimens, puis mesura sur eux les livres non datés. Il éprouva la méthode en Italie, séjournant près de deux mois à Venise, fixant une date devant témoins, puis se reportant au colophon pour voir s’il avait vu juste. En 1706 il se décida à publier. Le modèle qu’il nomme est le De re diplomatica de Mabillon, de 1681 ; Mabillon mourut le 27 décembre 1707, un an avant que l’in-folio ne parût, et la préface parle de lui comme d’un défunt.

Sept livres
Le premier livre traite de la fabrication des livres : l’encre, les surfaces sur lesquelles on a écrit, du papyrus aux tablettes de cire, le calame et la plume, la forme et la reliure du codex, et les copistes — quelque trois cents calligraphes, rangés d’abord par date puis par ordre alphabétique, leurs souscriptions citées mot pour mot. Le deuxième fait remonter les lettres grecques à leur origine phénicienne ; tout ce qui avait été écrit avant le IVe siècle après Jésus-Christ avait péri, dit Montfaucon, et il en tire donc les formes du bronze, du marbre et des monnaies anciennes. Le troisième donne des spécimens de manuscrits onciaux, le quatrième des écritures liées et cursives, avec un chapitre sur les codices où un texte plus ancien a été gratté au profit d’un plus récent. Le cinquième expose les abréviations et les signes employés dans la rhétorique, la musique, la monnaie, l’astronomie et la médecine. Le sixième imprime neuf actes grecs d’Italie méridionale et de Sicile, datés entre 1099 et 1230 environ ; le diplôme du roi Roger déclarant Christodoulos Amiras protonobilissimus occupe trois tables gravées à la page 408.
Deux textes de plus ne sont pas annoncés sur la page de titre. Le livre VII est une version latine, faite d’après le grec moderne, de la description du mont Athos et de ses vingt-deux monastères par Jean Comnène. À la fin, pages 553 à 574, se trouve une dissertation sur les plus anciennes lettres grecques et latines ; la lettre à Montfaucon qui la précède n’est signée que d’initiales et demande que le nom de son auteur ne soit pas mentionné. La Bibliothèque nationale de France l’identifie comme Jean Bouhier, magistrat au parlement de Bourgogne à Dijon.

Le mot, et ce qu’une copie ne peut rendre
Expliquant pourquoi il était allé au marbre, au bronze et aux monnaies, Montfaucon écrit qu’il ne voulait rien laisser de côté de ce qui appartient ad Palaeographiam, sive antiquam scripturam — à la paléographie, c’est-à-dire à l’écriture ancienne. C’est à ce livre que l’on fait généralement remonter le mot. Il fut exact sur les limites de ses planches : quelque soin que l’on mette à reproduire une écriture ancienne, avertit-il, la gravure s’écarte toujours quelque peu des formes du manuscrit, et l’état de l’encre, sa couleur et les autres marques de l’âge ne peuvent se reporter du tout. La méthode n’en tranchait pas moins des cas : à un savant qui tenait Quinte-Curce pour un faux du XVe siècle, on répondit par un manuscrit Colbert de ce texte, vieux de plus de huit cents ans.
Le privilège royal fut donné à Versailles le 1er mars 1707 ; le 17 mars, Montfaucon le céda à ses trois libraires. Henri Omont publia en 1891 le marché qu’il avait passé avec son graveur, Pierre-François Giffart, pour les planches ; il se trouve parmi les dix-sept volumes de ses papiers à la Bibliothèque nationale de France, manuscrits latins 11904-11920. Montfaucon catalogua les manuscrits grecs Coislin en 1715 et mourut en 1741. Le relevé d’ensemble suivant de l’écriture grecque fut la Griechische Palaeographie de Victor Gardthausen, Leipzig 1879.

Pourquoi ce livre ici
Le Conservatoire n’a pas de manuscrits grecs à lire. Ce que le livre laisse derrière lui est une procédure : dater une chose par comparaison avec des choses dont la date est connue, publier le témoin à côté de la conclusion, et dire ce qu’une reproduction ne peut montrer. C’est la règle du programme de recherche mené sur les papiers de cette abbaye, et celle des ateliers, où l’on attend d’une copie qu’elle dise de quoi elle est la copie.
SourcesLa page de titre et la page 61 sont photographiées d’après l’exemplaire de Londres numérisé par l’Internet Archive sous la référence b30455601, versé par la Wellcome Library et signalé comme relevant du domaine public ; la planche de saint Luc d’après l’exemplaire de l’Universitätsbibliothek Heidelberg, sous la Public Domain Mark ; le frontispice d’après l’exemplaire de la Biblioteca Nazionale di Napoli, également sur l’Internet Archive. Les renvois de pages et le contenu des sept livres suivent le Syllabus et l’index du volume lui-même. Le texte entier peut se lire à l’Internet Archive ; la Bibliothèque nationale de France a numérisé son propre exemplaire dans Gallica, ark:/12148/bpt6k1041709q.
