Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes
Page de titre de La science et la pratique du plain-chant, Paris, 1673
Paris, 1673. L’exemplaire de la Bibliothèque de l’Arsenal, 4-S-3844, où un lecteur ancien a inscrit le nom de l’auteur sous la mention anonyme.

Saint-Maur · 1673

La science et la pratique du plain-chant

dom Pierre-Benoît de Jumilhac · Paris, Louis Bilaine · un volume in-quarto, huit parties

Le chant tenu pour une chose mesurable avant d’être tenu pour une affaire de goût. Le titre complet énonce le programme : où tout ce qui appartient à la pratique est établi par les principes de la science — intervalles, proportions, modes, et les autorités, antiques et médiévales, imprimées tout au long pour que le lecteur puisse les vérifier.

Auteurdom Pierre-Benoît de Jumilhac, 1611-1682 — le livre lui-même ne nomme qu’« un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur »
Première éditionParis, Louis Bilaine, 1673
ÉtendueUn in-quarto ; XIV, VIII et 400 pages, avec musique
EnsuiteRéimprimé une fois, Paris, 1847, par Alexandre Le Clercq et Théodore Nisard
Le lireBnF, Arsenal, 4-S-3844, numérisé sur Gallica (ark:/12148/bpt6k1042625s)

Un livre qui ne porte pas de nom

La page de titre ne nomme aucun auteur : Par un Religieux Benedictin de la Congregation de S. Maur. La congrégation publiait assez souvent de cette manière, et les lecteurs suppléaient ce que l’imprimeur avait laissé de côté. Sur l’exemplaire de l’Arsenal, une main ancienne a écrit, immédiatement sous la mention imprimée, (Jumilhac, bénédictin). Sur un autre exemplaire, un lecteur s’est montré plus précis encore, renvoyant celui qui viendrait après lui à la page 184 de la bibliographie des auteurs mauristes de dom Le Cerf de La Viéville, imprimée à La Haye en 1726.

Pierre-Benoît de Jumilhac naquit en Limousin en 1611 et mourut à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, le 21 mars 1682. Il avait gouverné des maisons de la congrégation — Saint-Julien de Tours, Saint-Nicaise de Reims, Chelles — avant de venir à Paris en 1666, où le livre fut achevé. Il fut imprimé pour Louis Bilaine, dont la boutique se tenait dans la grand-salle du Palais, à l’enseigne du Grand César et de la Palme ; huit ans plus tard, le même libraire fit les frais du De re diplomatica de Mabillon.

Deux pages imprimées comme un seul tableau : le système grec des tétracordes et la main de Guido d’Arezzo
Pages 314-315, imprimées à cheval sur la double page : le système grec des tétracordes dessiné en arcs emboîtés, et la main de Guido d’Arezzo portant les syllabes de solmisation le long des articulations des doigts.Bibliothèque nationale de France, Arsenal, 4-S-3844 · domaine public

Huit parties, et les preuves à part

Les six premières parties vont de la nature et de l’antiquité de la science aux sons et aux intervalles, à la mesure des notes, aux modes, aux cadences et à leurs silences, et enfin à la pratique du chant. La septième ne ressemble pas aux autres : intitulée Des notes & authoritez, elle imprime, à partir de la page 204, sur deux colonnes et en latin, les passages que désignent les petits chiffres portés en marge du texte français — Aristoxenus, Guido, Mersenne, Glareanus, Gaffurius, chaque citation close par sa référence. Le lecteur qui doute d’une affirmation du discours peut se reporter à la fin du volume et lire la phrase sur laquelle elle repose.

La huitième partie contient les exemples : les tables de la gamme et de ses hexacordes, les douze modes, naturels et transposés, avec les noms grecs des cordes en marge, et les espèces de l’octave notées en notation carrée sur des portées de quatre lignes. C’est le témoignage le plus complet que le XVIIe siècle nous ait laissé sur la manière dont ces mélodies étaient comprises par les hommes qui les chantaient chaque jour.

Tables des douze modes, naturels et transposés, imprimées sur deux pages
Pages 317-318 : les tables des douze modes, les transposés en haut et les naturels en bas, réglées colonne par colonne et annotées des noms grecs des cordes.Bibliothèque nationale de France, Arsenal, 4-S-3844 · domaine public

Pourquoi ce livre ici

Parce que le Studium enseigne le chant dans le même ordre : la pratique d’abord, dans la bouche d’hommes qui le chantent tous les jours, et derrière la pratique les raisons — les intervalles, les modes, les preuves manuscrites. Le cours d’octobre 2026 est donné par deux moines bénédictins ; ce que Jumilhac entreprit de prouver en 1673, que la pratique peut se fonder en raison et non pas seulement s’hériter, est le présupposé sur lequel se prépare le dossier UNESCO pour le chant grégorien.

Page 328 : les espèces de l’octave notées en notation carrée de plain-chant sur des portées de quatre lignes
Page 328 : les espèces de l’octave en notation carrée sur des portées de quatre lignes, chacune avec ses syllabes de solmisation au-dessous, et plus bas les vers latins qui résument les neuf intervalles propres à la mélodie.Bibliothèque nationale de France, Arsenal, 4-S-3844 · domaine public

SourcesLes quatre pages reproduites ici proviennent de l’exemplaire de la première édition conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal, cote 4-S-3844, numérisé par la Bibliothèque nationale de France sur Gallica, ark:/12148/bpt6k1042625s ; l’ouvrage est dans le domaine public. La collation et la cote suivent le catalogue de la BnF. Les attributions manuscrites citées sont celles qui sont portées sur l’exemplaire de l’Arsenal et sur celui de Lyon.