Conservatoire
du Patrimoine
des Abbayes
Page de titre gravée du deuxième volume des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, Paris, 1669
Saeculum II, Paris, Charles Savreux, 1669. Un exemplaire lyonnais, numérisé par Google pour l’Internet Archive.

Saint-Maur · 1668-1701

Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti

dom Luc d’Achery et dom Jean Mabillon · Paris, Billaine, Savreux, Robustel · neuf volumes in-folio

Les vies, les miracles et les translations des saints de l’ordre bénédictin, imprimés d’après les manuscrits de Saint-Germain-des-Prés pendant trente-trois ans. Ils sont rangés non par jour de fête, mais par siècle, d’environ 500 à 1100. Les textes sont donnés avec l’indication de leurs sources, ce qui les rend aujourd’hui encore utilisables — et ce qui en fait des témoignages à peser plutôt qu’à croire.

Auteurdom Luc d’Achery, 1609-1685, et dom Jean Mabillon, 1632-1707 ; dom Thierry Ruinart, 1657-1709, pour les volumes de 1701
Première éditionParis, 1668-1701, en neuf parties
ÉtendueNeuf volumes in-folio, couvrant les années 500 à 1100
EnsuiteRéimprimé à Venise dans les années 1730 · continué par les Annales, 1703-1739
Le lireInternet Archive

Des siècles, non des mois

Dom Luc d’Achery, qui était entré à Saint-Germain-des-Prés en 1637 et en fut le bibliothécaire, réunit les matériaux. Dom Jean Mabillon, envoyé l’y rejoindre en 1664, établit les textes et rédigea les préfaces, les observations, les notes et les index. Le premier volume sortit des presses de Louis Billaine en 1668, le deuxième de celles de Charles Savreux en 1669, les deux derniers de celles de Charles Robustel en 1701.

Mabillon expose le plan à la troisième page de sa préface, feuillet que l’on peut encore tourner sur Gallica. Il y salue Laurentius Surius, ainsi que les jésuites Jean Bolland et Godefroid Henschen, dont le recueil était alors en cours ; puis il énonce la différence en sept mots — Illi Mensium fastos, nos Saeculorum ordinem sequimur, ils suivent le calendrier des mois, nous suivons l’ordre des siècles. Comme il place la naissance de Benoît en 480 et sa mort vers 543, le premier siècle bénédictin va de 500 à 600. La règle suivie pour les textes tient sur la même page : les vies déjà imprimées ont été collationnées sur des copies manuscrites, les vies encore inédites tirées de vieux parchemins, et là où plusieurs récits d’un même saint se disputaient la place, le mieux attesté a été retenu. Ce sont des livres pesants. Le deuxième volume, imprimé par Savreux en 1669, compte soixante-six pages liminaires numérotées en chiffres romains, 1 104 pages de texte et vingt feuillets d’index, in-folio.

Page 33 du premier volume des Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, la vie de saint Benoît
Page 33 du premier volume : la vie de Benoît, une hymne attribuée sur la page à Alphanus, moine du Mont-Cassin et archevêque de Salerne, l’année de la mort du saint portée en marge, et une note renvoyant le lecteur au quatrième siècle bénédictin.Exemplaire de la Biblioteca Nazionale di Napoli · Internet Archive / Google · domaine public

La requête de 1677

Mabillon refusa à l’ordre des saints qu’il jugeait n’y avoir jamais appartenu, et les volumes furent attaqués au sein même de sa congrégation. Les sources ne s’accordent pas sur le volume qui ouvrit la querelle — l’une la fait remonter à la toute première publication de 1668, l’autre au deuxième volume —, mais elles s’accordent sur 1677, l’année où parut le volume du quatrième siècle bénédictin : dom Philippe Bastide et dom Antoine-Joseph Mège portèrent au chapitre général une requête demandant que l’ouvrage fût supprimé et que son auteur fît réparation. Il répondit par un bref écrit en français, Brèves réflexions sur quelques règles de l’histoire, demeuré manuscrit jusqu’à son impression par P.O.L. en novembre 1990. En avril 1678, les prieurs de la congrégation se prononcèrent à l’unanimité en sa faveur, et les volumes continuèrent de paraître.

Portrait gravé de dom Jean Mabillon en coule bénédictine
Jean Mabillon en coule, gravé par Étienne-Jehandier Desrochers et vendu à sa boutique de la rue Saint-Jacques. Le quatrain placé au-dessous lui prête un esprit rempli de savoir et un cœur rempli d’humilité ; le cartouche lui donne soixante-seize ans à sa mort en 1707, un de plus que ses dates ne le permettent.Musée Carnavalet, Histoire de Paris, G.33122 · via Wikimedia Commons · CC0

Une planche qui a survécu à son monument

L’une des planches gravées a survécu à ce qu’elle représente. Pour illustrer la Conversio Otgerii, texte latin écrit avant 1084, une planche anonyme d’une trentaine de centimètres de côté fut gravée pour le volume de 1677 : le monument dressé dans l’église abbatiale Saint-Faron de Meaux, que l’on montrait aux visiteurs comme le tombeau d’Ogier le Danois. L’église fut reconstruite et le monument démonté en 1751, et l’estampe en est aujourd’hui le principal témoignage. Elle demande à être maniée avec prudence. Les gisants sont datés par le style des environs de 1140 ; l’ensemble passe pour un assemblage du XIIIe siècle de pièces plus anciennes ; le nom d’Ogier est une attribution plus tardive encore ; et le graveur a restitué des têtes qui manquaient déjà. La planche renvoie à la page 664 du volume de 1677, et se trouve reliée près de la page 656 dans certains exemplaires.

Les Acta s’arrêtent à l’année 1100 et n’ont jamais été poussés plus loin ; la page de titre de 1701 le dit sans détour, ab anno Christi M. ad MC. D’Achery était alors mort depuis seize ans et le nom de dom Thierry Ruinart figurait à côté de celui de Mabillon. Mabillon travaillait de toute façon depuis 1693 aux Annales ordinis sancti Benedicti, le commentaire du recueil, dont le premier volume parut en 1703 ; il en vit quatre. Dom René Massuet donna le cinquième en 1713, dom Edmond Martène le sixième en 1739. Sebastiano Coleti et Giuseppe Bettinelli réimprimèrent les Acta à Venise dans les années 1730 ; le volume du cinquième siècle bénédictin, dans cette réimpression, est daté de 1738.

Pourquoi ce livre ici

Les neuf volumes ont été faits dans une bibliothèque par des hommes qui disaient d’où venait chaque texte, et lorsqu’ils furent attaqués, c’est sur ce terrain qu’ils furent défendus. Le programme de recherche du Conservatoire lit les papiers de cette abbaye selon la même règle : nommer la source, peser son autorité, laisser la lacune ouverte quand les preuves n’en soutiennent pas le poids. La planche de Meaux est aussi la raison pour laquelle les ateliers traitent un dessin ancien d’un bâtiment comme un document sur ce bâtiment — c’est parfois le seul qui reste. La congrégation de Saint-Maur a produit plusieurs recueils de cette sorte, inscrits parmi les œuvres.

SourcesLa page de titre du deuxième volume et la page 33 du premier proviennent d’exemplaires numérisés par Google pour l’Internet Archive — un exemplaire lyonnais et celui de la Biblioteca Nazionale di Napoli —, tous deux dans le domaine public. Le portrait est conservé au Musée Carnavalet, Histoire de Paris (G.33122), publié sur Wikimedia Commons sous CC0. La préface est citée d’après la numérisation de Gallica du premier volume ; la collation du deuxième suit le catalogue de la Bibliothèque nationale de France ; la planche de Saint-Faron et le monument sont décrits d’après l’étude publiée dans le Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France et une autre étude publiée par les Éditions du CTHS. Le premier volume peut être lu en entier sur l’Internet Archive.