
Saint-Maur · 1679-1700
Sancti Aurelii Augustini Opera
moines de la congrégation de Saint-Maur · Paris, François Muguet · onze tomes in-folio
Onze tomes in-folio, imprimés sur deux colonnes, où des moines de la congrégation de Saint-Maur ont donné de tout Augustin une édition nouvelle, établie sur des manuscrits que leurs pages de titre disent gallicans, vaticans, anglais et belges. La numérotation qu’ils ont donnée à ses sermons est encore celle sous laquelle on les cite.
Sept moines, et deux lettres de cachet
En 1670, la congrégation mit dom François Delfau (1637-1676) à la tête de l’édition, avec six confrères, parmi lesquels dom Robert Guérard (1641-1715). Clément X envoya des codices de la bibliothèque du Vatican. Le 18 septembre 1675, deux lettres de cachet les bannirent tous deux de Paris, à la suite de L’abbé commendataire, livre que Delfau avait fait imprimer à Cologne en 1673 contre les abbés commendataires. Exilé à Landévennec, en Bretagne, il se noya le 13 octobre 1676 en faisant la traversée vers Brest, à trente-huit ans. La direction passa à dom Blampin, Thomas dans la plupart des relations, Théodore dans le Dictionnaire de théologie catholique. Dom Pierre Coustant vint à Saint-Germain-des-Prés en 1681 pour l’assister et passa des années à séparer les écrits authentiques des apocryphes ; dom Claude Guesnié dressa la table générale.

Ce que promet la préface
Le plan est exposé dès cette première page. Les volumes contiennent les œuvres qu’avaient imprimées Érasme et les théologiens de Louvain, à ceci près que les pièces tenues pour celles d’Augustin sont rejetées en appendice comme non authentiques, et que le reste se range dans l’ordre où il les a écrites. Les Retractationes, écrites dans la vieillesse, viennent en tête, comme introduction préliminaire aux autres, les Confessions ensuite. La grammaire, les Categoriae et les manuels de dialectique et de rhétorique, qui chez Érasme et à Louvain prenaient place à cet endroit, sont dits des bagatelles et renvoyés à la classe des apocryphes, afin que rien ne retarde le lecteur qui passe des Confessions aux livres qu’Augustin écrivit au lendemain de sa conversion.
Les sermons remplissent le tome V, 1683 : 1 536 colonnes, puis 532 autres de sermons que les éditeurs ne voulaient pas reconnaître pour siens. Son faux-titre les annonce comme réunis pour la première fois en quatre classes — sur l’Écriture, sur les temps de l’année, sur les saints, sur des matières diverses —, avec une cinquième pour les douteux. Une table placée en tête met l’ancienne numérotation en regard de la nouvelle, les sermons rejetés en italique. La nouvelle numérotation s’est imposée : les volumes du Corpus Christianorum publiés à Turnhout conservent ce qu’un recenseur appelle la série mauriste désormais canonique, où ils insèrent les sermons découverts depuis.

Des dates qui ne s’accordent pas
Les dates d’impression vont de 1679 à 1700, mais elles ne donnent pas l’ordre de publication, et les sources divergent. Le Dictionnaire de théologie catholique fait ouvrir l’édition par le tome IV en 1681 et place les tomes I et II en 1687, nonobstant le millésime de 1679 porté sur leurs pages de titre ; il ajoute qu’en 1689 ces deux tomes furent réimprimés sous cette même date, avec quantité de fautes qui y furent laissées à l’insu de Blampin. Le tome XI n’est daté de 1700 que sur cette seule autorité : on n’en a trouvé ici aucun exemplaire numérisé, ni aucune description de son contenu. La formule de correction varie elle aussi — le tome I nomme des codices gallicans, vaticans, anglais et belges, le tome V gallicans et romains, le tome X gallicans et vaticans.
Le tome X, les écrits contre les pélagiens, parut en 1690 derrière soixante-six pages de préliminaires, et attira les coups. Quelques exemplaires portent une analyse du De correptione et gratia due à Arnauld — la notice ne donne pas de prénom —, supprimée sur l’ordre de François de Harlay, archevêque de Paris. Des jésuites accusèrent les moines de favoriser le jansénisme, et dom Denis de Sainte-Marthe répondit en 1699 par deux libelles. La congrégation fut dissoute en 1790 et son dernier supérieur général tué à Paris en 1792. L’édition lui survécut, réimprimée à Anvers, à Venise et à Bassano, et passée dans la Patrologia Latina de Migne, où Augustin remplit les volumes 32 à 47.

Pourquoi ce livre ici
Le Conservatoire n’édite pas Augustin. Ce qu’il retient de ces tomes est une manière de travailler : nommer l’exemplaire, imprimer ce que l’on rejette au lieu de le supprimer, et laisser au lecteur le moyen de vérifier. Le programme de recherche l’applique à une matière bien plus mince — les plans, les baux et les comptes qui subsistent du siècle mauriste de cette abbaye — et les autres œuvres de cette série montrent ce que la même congrégation avait encore en chantier dans ces années-là.
SourcesLes quatre feuillets reproduits ici proviennent des exemplaires sévillans de l’édition parisienne — le tome I, 1679, qui porte les armes dorées de la bibliothèque du duc d’Osuna, et le tome V, 1683 —, numérisés par la Biblioteca de la Universidad de Sevilla pour l’Internet Archive et relevant du domaine public. Le désaccord sur l’ordre de publication et la réimpression de 1689 suivent le Dictionnaire de théologie catholique ; la note sur la série mauriste suit le compte rendu que Daniel Hadas a donné du Corpus Christianorum Series Latina XLI Bb (Brepols, Turnhout, 2016). Le tome I peut se lire à l’Internet Archive.
